RENCONTRES DE LA PHOTOGRAPHIE
ARLES 2019

Exposition présentée à Croisière du 1er juillet au 22 septembre 2019, 10h-19h30

Commissariat Marion & Philippe Jacquier et Zoé Barthélémy

 

Certains mots sont comme des terrains vagues : on en comprend le sens, mais on peine à les définir avec exactitude. L’expression « la zone » est de ceux-là ; elle évoque aujourd’hui le flou de la banlieue, une forme d’ennui ou encore le seuil de la délinquance, mais on ignore souvent qu’elle s’ancre dans une réalité historique précise.

 

Au XIXe siècle, la Zone désigne une bande de terre de 250 m de large qui court le long des 34 km de fortifications édifiées autour de Paris en 1844. Cette zone non aedificandi devait rester inoccupée pour les besoins de la défense militaire de Paris, mais elle est progressivement occupée par une population pauvre qui s’établit durablement en construisant des habitations précaires, cabanes et baraques en tout genre, qui finiront par former un immense bidonville abritant plus de 40 000 personnes dans l’entre-deux-guerres. C’est à cette période que commencent les expulsions, qui s’accélèrent sous le régime de Vichy. Les derniers vestiges de ce territoire en marge disparaîtront définitivement avec la construction du boulevard périphérique (1956-1973).

 

À l’exception de quelques photographes célèbres comme Eugène Atget, Germaine Krull ou André Kertész, la photographie de l’entre-deux-guerres s’est peu intéressée à ce phénomène urbain et social. De ce fait, la majorité des photographies exposées sont l’œuvre de photographes anonymes qui répondaient souvent à des commandes destinées à accréditer la thèse de l’insalubrité qui allait justifier la démolition de la Zone. Cependant, tout en fixant l’image de taudis, ces campagnes photographiques consignaient des renseignements précieux sur des manières d’habiter. Les matériaux de fabrication des habitations, les détails des intérieurs, les amoncellements d’objets sont autant d’indices d’un génie bricoleur des zoniers, d’un art de la récupération et du recyclage, d’une liberté de construire sur un territoire qui échappait aux normes urbaines.

 

Cet ensemble inédit de photographies documentaires a été collecté par la galerie Lumière des roses pendant des années. Loin des clichés misérabilistes, il redonne vie et dignité à un territoire et à une population relégués aux abords de la capitale comme un envers de la ville moderne qu’on s’est empressé d’oublier.

 

Lire l'article de Claire Guillot, « Les fantômes de la Zone », paru dans Le Monde du 2 juillet 2019 

 

Catalogue de l'exposition
La Zone : aux portes de Paris
Français - 16,5 x 24 cm
120 pages - 24 euros