John C.Browne
The discovery of Blue Beard's wives. USA, 1866
9,2x11,7cm

 

Photographe anonyme
France, vers 1870
10,5x14,7cm

 

Photographe anonyme
France, vers 1930
13x8,5cm

 

Photographe anonyme
Fusées lumineuses. France, vers 1914
8x13cm

 

Horst von Harbou
"Métropolis" de Fritz Lang, 1926
15,5x22,2cm

 

Photographe anonyme
Angleterre, vers 1890
Instantanné Kodak N°2. Diam: 8,5cm

 

Photographe anonyme
SF Streets, Steamshovel hits water main. Usa, vers 1940
21x29,5cm (Coll. MOMA)

 

Photographe anonyme
France, vers 1950
24x18cm

 

Photographe anonyme
Russie, vers 1920
8,9x13,9cm

 

François Bruneri
Modèle pour peintre. France, vers 1890
18x13cm

 

Photographe anonyme
Soirée chez Marthe Chenal avec Picabia, Tristan Tzara... 1921
12,5x15,9cm (Coll. Centre Pompidou)

 

Photographe anonyme
Tour Eiffel, vers 1925
23x17cm

 

Photographe anonyme
France, vers 1870
23x17cm

 

Photographe amateur
France, vers 1900
8,2x11,2cm

 

Photographe anonyme
"Souvenir de Josyane" 13/9/29
14x9cm

 

British naval official photograph
Pilot releasing a pigeon carrying a message. Vers 1910
15x20cm

 

Photographe amateur
The Skerry pool, Ortrush. Irlande, 1892.
Instantanné Kodak N°2 - Diam : 8,5cm

 

Photographe amateur
Chanteur de la Nouvelle Orléans. 1905
11,5x16,5cm

 

Igout
Etude pour peintre, vers 1870
9x12cm

 

Photographe amateur
USA, vers 1930
8x12,5cm

 

Présentée lors de Paris-Photo au Carrousel du Louvre en Novembre 2007

« D'abord elle ne vit rien parce que les fenêtres étaient fermées. Après quelques instants, elle commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé, et dans ce sang se miraient les corps de plusieurs femmes mortes, et attachées le long des murs ».

La photographie que nous présentons en ouverture de catalogue est ainsi légendée : The discovery of Blue beard's wives. Elle est l'œuvre d'un photographe américain, John Coates Browne qui, en 1866, mit en scène l'épisode macabre du conte de Perrault, Barbe-bleue.

Le visage fardé de blanc et grimaçant des fillettes, leurs chevelures noires dressées comme des chapeaux de fées, le regard énigmatique que nous adresse la jeune épouse désobéissante, effroi ou invitation à voir ? Tout dans cette image captive le regard sans que nous parvenions à en épuiser le mystère : on songe au personnage d'Alice créé par Lewis Carroll un an plus tôt ; le collectionneur Roger Thérond s'en empare pour illustrer son livre sur le Surréalisme ; la réalisatrice Jane Campion s'en inspire dans une scène fantasmagorique de son film, La leçon de Piano. Ce qui aurait pu être une vision d'horreur finit par nous éblouir par sa force poétique et sa beauté.

En 1975, la Georges Eastman House Collection acquiert une centaine de plaques de verre négatives de John C. Browne, parmi lesquelles figure cette image, mais le fonds ne comporte aucun tirage papier. Provenant d'un album de famille, l'épreuve présentée ici, seul tirage positif connu à ce jour, est d'autant plus singulière qu'elle est « signée » de la main du photographe qui, pour renforcer la mise en scène, a maquillé à l'encre noire le bas de la photographie, figurant ainsi la mare de sang caillé répandu aux pieds des femmes égorgées.

Membre fondateur de la Société Photographique de Philadelphie où il exposa régulièrement ses œuvres, John C. Browne (1838-1918) fut vraisemblablement l'un de ces amateurs, au sens noble du terme, c'est-à-dire un expert en photographie, excellent technicien dont la pratique s'exerçait souvent à l'intérieur du cercle familial.

Vingt ans plus tard, c'est un autre type d'amateurs qui se propage comme une traînée de poudre avec l'avènement du gélatino-bromure et le développement de la photographie instantanée. L'appareil Kodak inventé par Georges Eastman en 1888 révolutionne les pratiques et les regards. Dans le rond de l'œil photographique, un homme s'élance du haut d'un rocher et plonge (voir la photographie de 4ème de couverture). Comme des milliers de détenteurs du petit appareil à boîtier, le photographe a obéi au célèbre slogan publicitaire Kodak : «Appuyez sur le bouton, nous nous chargeons du reste». L'appareil est préchargé, la netteté réglée, même plus le souci de viser car de viseur il n'y a pas. Le photographe a-t-il surpris l'homme en train de plonger ou bien a-t-il donné le signal de départ ? Dans ce cas, pouvait-il imaginer que ce corps nu allait se déformer sur la pellicule jusqu'à produire cette trace argentique, fulgurance photographique proche de l'abstraction ? Cette image est-elle l'œuvre d'un photographe de talent ou le seul fruit du hasard ?

Avec cette nouvelle production d'images qui combine une poétique visuelle inédite du rond et de l'instant, s'ouvre le royaume du snapshot qui parfois recèle de véritables perles.

De la découverte des femmes de Barbe-Bleue au plongeon éblouissant du haut d'une falaise, de la vue à la vision, l'œil n'en finit pas de s'écarquiller. Plus qu'une définition fluctuante du mot « amateur », c'est la jubilation de l'œil qui constitue le lien le plus sûr entre toutes les photographies présentées dans ce catalogue.