Zorro. Autoportrait. Vers 1940. Aristotype. 12 x 9 cm
Zorro. Autoportrait. Vers 1940. Aristotype. 12 x 9 cm
Zorro. Autoportrait. Vers 1940. Aristotype. 12 x 9 cm
Zorro. Autoportrait. Vers 1940. Aristotype. 12 x 9 cm
Zorro. Autoportrait. Vers 1940. Aristotype. 17 x 7,5 cm
Zorro. Vers 1940. Aristotype. 12 x 9 cm
Zorro. Autoportrait. Vers 1940. Tirage argentique. 18 x 13 cm
Zorro. Autoportrait. 1968. Photomaton. 10 x 4 cm
Zorro. Autoportrait. 1967. Tirage chromogène. 12,7 x 9 cm
Zorro. Autoportrait. 1967. Tirage chromogène. 12,7 x 9 cm
Zorro. 1968. Tirage chromogène. 12,7 x 9 cm
Zorro. 1968. Tirage chromogène. 12,7 x 9 cm
Zorro. 1968. Tirage chromogène. 12,7 x 9 cm

Zorro ou le portrait d’un autre

Pendant près de trente ans, un homme se livre au jeu du dédoublement photographique. Dans l’intimité de son appartement, il se met en scène, se travestit et prend des photos, répétant inlassablement l’opération. Peu importe si le dispositif photographique est bricolé et maladroit, peu importe le regard des autres. Par les artifices de la mise en scène et l’enregistrement photographique, il donne forme à son fantasme, s’invente en héros et jouit de lui-même.

 

Cet ensemble, composé d’une centaine de photographies réalisées entre 1940 et 1970, a été trouvé dans une enveloppe soigneusement conservée à l’abri des regards jusqu’à ce jour. En l’absence de toute information sur l’identité de l’auteur, nous l’avons spontanément appelé Zorro, l’homme au fouet, laissant parler les images.

 

Il n’est pas le premier à avoir pratiqué l’autoportrait de façon obsessionnelle.

D’Hippolyte Bayard à Pierre Molinier, en passant par Claude Cahun ou Cindy Sherman, nombre de photographes se sont mis en scène, illustrant avec brio et parfois humour la célèbre formule de Rimbaud, « Je est un autre ». Pour Zorro, l’autoportrait constitue un véritable enjeu plutôt qu’un jeu. Engagé dans une entreprise imaginaire, il traduit ses images mentales en photos, sans relais, dans une création impulsive qui se soustrait aux normes. Contrairement à la pratique réfléchie d’un artiste, ses photographies donnent à voir une obsession à l’état brut et c’est dans cet art de la singularité que ces images puisent leur force.

 

Par chance, ces photographies ont échappé au sort de tant d’autres, détruites aussitôt qu’elles sont découvertes en raison de la trop grande intimité qu’elles renferment. Pour nous qui explorons depuis des années le champ immense de la photographie anonyme à la recherche de perles rares, l’attrait de ces visions intimes ne réside pas tant dans leur confidentialité – que nous trahissons en les publiant – que dans leur mystère, cette troublante étrangeté propre à certaines photographies qui donnent à voir sans rien révéler de leur secret.

 

Marion et Philippe Jacquier

 

Un livre avec une introduction de François Cheval, conservateur en chef du Musée Nicéphore Niépce, a été édité à cette occasion.

 

Revue de presse

L'etoffe de Zorro par Clémentine Mercier pour Libération

 

"La photo brute : et si c'était vrai ?"  Article de Bruno Dubreuil pour OAI13

 

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Zorro, or the Portrait of Another

 

For almost thirty years a man indulges, photographically, in a double life. In the privacy of his apartment he dresses up strangely and performs for the camera in a tirelessly repeated operation. No matter that the photography system is improvised and clumsy, that nobody else will see these images. In a fusion of mise en scène and photography he gives visible shape to his fantasy, recreating himself as a hero and achieving self-induced pleasure.   

            Taken between 1940 and 1970, this group of some 100 photographs had remained meticulously hidden in a sealed envelope. Having no information whatever regarding their originator, we spontaneously named him Zorro, the man with the whip. And decided to let the images speak for themselves.   

            He is not the first obsessive practitioner of the self-portrait. From Hippolyte Bayard to Pierre Molinier, and including Claude Cahun and Cindy Sherman, photographers have often turned their cameras on themselves, bringing brio and sometimes humour to their illustrations of Rimbaud's celebrated "I is someone else". For Zorro the self-portrait was a challenge rather than a game: an adventure of the imagination involving unmediated translation of the mental into the photographic; a compulsive creation unhampered by convention. There is none of the artist's deliberation here: these are photographs of a naked obsession, and their power lies precisely in this impactful singularity. 

Only chance saved these images from the fate of so many others like them, no sooner discovered than destroyed because of the breach of privacy they connote. We have spent many years scouring the vast field of anonymous photography for the occasional treasures it can yield; for us the pull of these intimate visions derives less from their private character – which we betray by publishing them – than from their mysteriousness: the unsettling oddness of photos that speak to the eye yet yield nothing of their secrets.

Marion & Philippe Jacquier